L’art, un outil pédagogique pour la formation des étudiant·es de médecine à la relation thérapeutique

Formation Article publié le 20 mai 2026 , mis à jour le 26 mai 2026

Une nouvelle méthode pédagogique de formation à la relation thérapeutique est mise en place à la Faculté de médecine de l’Université Paris-Saclay, à travers un cycle « art et médecine ». En introduisant des images d’œuvres d’art (peinture, sculpture, photographie…) comme support de réflexion, d’échanges et de projections, les étudiant·es en 3e cycle d’études de médecine générale développent de meilleures compétences d’observation et de gestion des relations humaines nécessaires à la pratique clinique. Ces travaux ont été publiés dans la revue de médecine générale Exercer d’avril 2026. 

Le cycle « art et médecine » est proposé aux internes de médecine générale à la Faculté de médecine de l’Université Paris-Saclay depuis 2017. C’est un enseignement optionnel qui a pour objectif de travailler sur la relation thérapeutique. Un groupe de 10 à 12 étudiant·es y participent, encadré par un animateur formé à l’animation de groupe « Balint »[i] et une historienne de l’art spécialisée dans l’analyse des œuvres et des représentations. 

Chaque cycle débute par une visite au musée au cours de laquelle les étudiant·es sont invité·es à effectuer un travail d’observation et de description des œuvres accompagné par l’historienne de l’art. Cinq ateliers de deux heures sont ensuite programmés sur une période de six mois, chaque participant·e ayant pour consigne d’apporter une image d’art qu’il ou elle a choisie pour illustrer le récit d’une situation clinique difficile rencontrée au cours de son stage. 

Dans un premier temps, l’étudiant·e commence le récit de sa consultation sans commenter le visuel. Puis il est demandé à l’ensemble des participant·es d’interpréter l’œuvre, de la décrire et d’en observer les détails. Un des objectifs pédagogiques de l’atelier est aussi d’aiguiser l’œil du praticien et de la praticienne. Cet exercice de description révèle l’importance de l’observation clinique. 

L’image va stimuler un travail de groupe en décalage avec le raisonnement purement scientifique propre au milieu médical, suscitant l’immersion de chacun et chacune dans l’univers émotionnel de l’étudiant·e. L’image d’art choisie par les participant·es pour illustrer le récit d’un « cas » permet au groupe de verbaliser des émotions, de susciter des associations libres et de formuler une pluralité de points de vue. Cette approche encore absente de l’apprentissage de la technique médicale aujourd’hui, permet de s’ouvrir à la dimension humaine du soin. 

Un travail de recherche fait à partir d’entretiens semi-dirigés auprès des participant·es du cycle révèle que ce dispositif « art et médecine » permet de développer le sens de l’observation, la prise de conscience de ses propres projections, de les remettre en question et d’aborder les émotions comme un outil de compréhension de la relation. Ce modèle d’enseignement pourrait également parer à la souffrance des soignant·es.

Ce cycle « art et médecine » forme à la relation thérapeutique tout en offrant une sensibilisation à l’art. Dans le cadre du développement de l’enseignement en relation, communication et psychothérapie dans les départements de médecine générale, l’art par son caractère universel et humaniste peut donc constituer un outil pédagogique.


 


[i] La méthode Balint, ou groupes Balint a été inventée dans les années 1945 par Mikael Balint médecin psychiatre, psychanalyste anglais d’origine hongroise, persuadé que la relation thérapeutique entre médecin et malade ne pouvait être enseigné en cours magistral. C’est une pratique pour « penser » et « panser », puis partager avec d'autres. Le praticien acquiert ainsi un outil singulier, dans un lieu de confiance où il peut s'exprimer le plus librement possible, sans peur du jugement.

photo de l'Ange par Niki de Saint Phalle dans le hall de la gare de Zurich

Exemple de travail sur une situation

Un étudiant en stage dans un planning familial / Œuvre projetée : l’ange protecteur de Niki de Saint Phalle.

L’étudiant décrit une situation compliquée rencontrée avec une jeune patiente qui souffre d’obésité sévère, comme l’ont deviné les autres étudiants du groupe à l’image de l’œuvre projetée, mais également de nombreuses autres pathologies. L’étudiant confie avoir ressenti de la part de tout le corps médical un sentiment d’impuissance à l’égard de sa patiente. Lorsqu’il demande au groupe une aide pour une meilleure prise en charge de cette personne, le silence s’impose. Les visages des étudiants expriment de l’empathie autant pour la patiente que pour l’interne face à cette situation clinique. 

L’animatrice demande alors à l’étudiant d’expliquer le choix de son œuvre. Puis aux autres personnes du groupe de la décrire. Ce qui se présente à leur vue est une créature féminine à la peau d’un bleu profond, plantureuse et décomplexée, vêtue d’une tenue de bain multicolore. Quoique très volumineuse, elle semble s’élever dans les airs avec une grande légèreté. Cette perception de l’œuvre est renforcée par le commentaire de l’historienne d’art. Les animatrices en profitent pour relancer le questionnement sur la patiente. Puis de nouveau sur l’œuvre lorsque l’émotion de la description de la situation médicale le nécessite. 

En présentant ainsi son cas, l’étudiant a pu prendre du recul avec cette consultation qui l’avait émotionnellement troublé et auquel il avait pensé pendant plusieurs semaines. Il a pu mettre en lumière des caractéristiques positives de la consultation, mieux identifier les besoins de la patiente et l’aide qu’il pouvait lui apporter. Cet exercice lui a également permis de mesurer l’expression des sentiments inconscients exprimés à travers l’art. 

Contacts :

Isabelle Pendola-Luchel, Médecin généraliste, Professeur associée au département de médecine générale de l’Université Paris-Saclay - isabelle.pendola-luchel@universite-paris-saclay.fr

Pauline Pons - Historienne de l’art, co-conceptrice du dispositif pédagogique 

https://www.exercer.fr/full_article/3147